Un homme pressé – très bon film à voir face à notre société qui perd les valeurs essentielles de la vie ….

Réalisateur : Hervé Mimran
Acteurs : Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder
Genre : Comédie dramatique

Inspirée de l’histoire de Christian Streiff, ex-PDG d’Airbus et de PSA Peugeot Citroën, et de son livre J’étais un homme pressé (Le Cherche Midi), le nouveau film d’Hervé Mimran raconte donc le parcours d’un grand patron du secteur automobile, Alain (Fabrice Luchini), après un accident vasculaire cérébral qui a entraîné de graves troubles de la parole et de la mémoire.

L’accident vasculaire cérébral (AVC) frappe une personne en France toutes les quatre minutes, et près de 1000 enfants par an ; il peut entraîner la mort ou, dans le cas contraire, des dommages cérébraux très importants et parfois irréversibles. Après l’accident, difficile en effet de reprendre une activité professionnelle ou de mener des projets personnels, tant les fonctions motrices, le langage ou encore la vision peuvent être affectés, nécessitant une longue rééducation et l’aide de praticiens tels que des kinésithérapeutes et des orthophonistes. 

C’est ce qui est arrivé à Christian Streiff en 2008. Homme d’influence, grand patron qui a fait les beaux jours du CAC 40, il occupait les postes de directeur général de Saint-Gobain, de président d’Airbus et de PSA Peugeot Citroën, avant de devoir cacher sa maladie au grand public afin de ne pas inquiéter les actionnaires. Sa longue rééducation et les leçons de son AVC, il les a couchées sur le papier dans son ouvrage J’étais un homme pressé, dans lequel il relate notamment comment, ne pouvant plus travailler et ayant perdu la mémoire exceptionnelle qui faisait de lui l’un des patrons les plus craints et respectés du milieu automobile, il a été licencié après des années de bons et loyaux services.

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En se lançant en solo après plusieurs films réalisés en collaboration avec Géraldine Nakache, Hervé Mimran a cherché à révéler quel homme se cachait derrière le grand patron, confronté soudainement à la fragilité de la vie et à une reconstruction qui n’était pas prévue dans son agenda. L’occasion de critiquer le  travail, certes indispensable mais qui semble souvent inadéquat avec une vie de famille épanouie.

Ce qui rend le discours d’Un homme pressé universel, c’est qu’il parle à toutes ces personnes qui se sont lancées à corps perdu dans le travail afin d’oublier les soucis ou les drames qui ont émaillé leur histoire personnelle. Il s’adresse tout autant à ces honnêtes travailleurs qui, après une course effrénée après l’argent, le succès et le travail bien fait, ont fini par s’oublier complètement, ne prenant pour ainsi dire plus le temps de vivre et de réfléchir à ce qu’ils veulent vraiment, mettant ainsi de côté leurs rêves.

Suite à son AVC, le personnage incarné par un Fabrice Luchini tout en vulnérabilité, est trahi par une entreprise pour laquelle il avait tout donné jusque-là. En perdant son travail, cet homme qui ressemble à tant d’autres et doit faire face aux drames de son existence avec les armes qui sont les siennes, comprend qu’il est temps de se poser, de réfléchir et de prendre du temps pour lui et ses proches. 
Dans une société qui est définitivement trop pressée, au risque de laisser trop de monde sur le bas-côté.

Reposant sur un acteur rendu célèbre pour sa connaissance des lettres, son amour des mots et une élocution parfaite, le film se découpe en plusieurs parties, à commencer par l’avant AVC, où toutes les portes semblent ouvertes à un homme charismatique dont la maîtrise de la rhétorique est la principale qualité ; l’AVC qui le terrasse lui fait perdre aussi bien ses capacités que son indépendance. Dans notre société contemporaine, à grande vitesse et ultra connectée, comment trouver alors une personne qui aura la patience de vous écouter, vous qui ne maîtrisez plus les éléments les plus basiques du langage ?

Le film rend ainsi un vibrant hommage au corps médical, dont la patience d’ange face à des patients aussi dépendants d’eux que des enfants n’a d’égal que leur dévouement. Tous égaux face à une blouse blanche, reconnaître qu’on a besoin d’aide fait partie de la rééducation. Le personnage de Leïla Bekhti, qui s’oublie tout autant que son patient au profit de son emploi, apporte une tendresse considérable à des personnes trahies par leurs propres corps, et à un film qui s’attarde sur tous ces gens et toutes ces petites choses à priori sans importance que l’on perd tout au long de sa vie.

Parfois tragique, parfois comique, ce drame tire surtout le signal d’alarme sur une pathologie de plus en plus répandue, qui peut laisser des traces et changer la vie pour toujours.
« Je me reposerai quand je serai mort », disait Christian Streiff. S’il est vrai que tout peut arriver à tout moment, autant ne pas attendre jusque-là.

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