Comme un avion: un film différent !

« Comme un avion » : Bruno Podalydès sur un kayak

L’acteur et réalisateur signe une comédie douce-amère dont le héros est un cadre désireux de larguer les amarres.

Un mot suffit parfois pour changer le cours d’une vie. Un mot, pour se laisser ensuite porter par le courant. Dans le cas de Michel, infographiste dans un atelier de création graphique en 3D, le sésame fut une expression prononcée un jour par Rémi, son boss : « vision palindromique ». Le genre de truc qui ne veut rien dire, et qui un jour finit par déboucher sur tout autre chose : « kayak ». Envie d’évasion. Envie de larguer les amarres. « Rêver », autre palindrome, tout éveillé, pour de vrai. Quelque chose de René Char lorsqu’il écrivait : « Impose ta chance, serre ton bonheur. A te regarder, ils s’habitueront. »

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Comme dans un rêve et un conte, Michel, toujours tendu, angoissé, pénètre un autre monde et découvre, tapie au fond d’une clairière, au creux d’un petit val qui mousse de rayons, au détour d’un bras de rivière, la maison de Blanche-Neige (Agnès Jaoui, en sublime, gouailleuse et généreuse aubergiste), pleine de nains qui boivent de l’absinthe (Vuillermoz et Brouté, de la bande à Poda), quand ils ne fabriquent pas, avec une grande assiduité, des bacs qui ne mènent nulle part. On y trouve aussi une charmante sylphide (Vimala Pons, toujours admirable, qui donne immédiatement envie de courir nu dans les champs et de forger un verbe à partir de son nom : vimalaponser). Michel pensait n’y faire qu’une étape (gags multiples sur les aléas du camping), et puis, comme dans L’Ange exterminateur de Buñuel, il est souvent difficile de partir, surtout quand toutes les portes sont ouvertes.

La morale de ce joli conte libertaire, libertin, libératoire (etc., à vous de jouer), sur les bienfaits du “lâcher-prise” et du “bien vivre ensemble” (si l’on veut se laisser aller à dire des gros mots à la mode), elle viendra comme de juste des deux “fous” shakespeariens (Vuillermoz et Brouté, de la bande…) : la vérité (de l’amour) n’est pas au bout mais au début de la rivière, parce que de toute façon la rivière, comme les bacs, ne mène nulle part. Et que le matos (le kayak, la pêche à la ligne), c’est quand même très très con si on lui accorde trop d’importance. C’est une morale de cinéaste et l’un des plus beaux films de Bruno Podalydès.

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