Le Redoutable

Réalisé par : Michel HAZANAVICIUS

Année de production : 2017
Pays : FRANCE
Durée : 107 minutes 

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Synopsis

Paris 1967. Jean Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne LA CHINOISE avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible. Entre hommage et grand détournement des films de la Nouvelle Vague par Michel Hazanavicius : Le Redoutable est une histoire d’amour, une comédie pop qui raconte la bascule d’un des plus grands cinéastes de notre temps.


Interview avec Michel Hazanavicius

  • Pourquoi ce titre, Le Redoutable ?

Je n’ai jamais été très doué pour le choix des titres… Je suis très admi – ratif de Godard, qui a toujours des titres géniaux. Je crois même qu’il pense d’abord au titre et ensuite au film qui lui correspond. Les titres de ses films des années 1960 sont d’autant mieux choisis que chacun ressemble à un auto-portait possible de l’homme qu’il a pu être : Vivre sa Vie, Le Mépris, Le Petit Soldat, Bande à part, A bout de souffle… Le premier titre du film était Le Grand Homme, mais l’expression avait un accent caustique que je n’aimais pas. Elle pouvait prêter à malentendu. En revanche le côté « belmondesque » du Redoutable me plaisait : on peut penser au Marginal, à L’Incorrigible, au Magnifique… Et j’aime aussi que le mot puisse s’en – tendre de façon à la fois positive et négative : dire de quelqu’un qu’il est redoutable, cela peut être aussi bien un compliment qu’un reproche. Enfin j’aimais l’idée d’utiliser le gimmick « Ainsi va la vie au bord du redou – table », et même de finir le film avec lui. Cela donne une petite touche ironique que j’aime bien.

  • Quel rapport entretenez-vous avec le cinéma de Godard ?

Jeune, j’ai adoré A bout de souffle, son énergie incroyable, ses phrases mythiques, l’apparition géniale de Belmondo… et puis dans la foulée, j’ai adoré les films de la période Karina. Un charme fou ! D’un autre côté, chez Godard, ce n’est pas tel ou tel film qui importe. Aucun n’est parfait, à la différence de ce qu’on peut trouver chez Billy Wilder, Ernst Lubitsch ou Stanley Kubrick. C’est quelqu’un dont il faut sans doute plutôt observer le trajet. Et ce trajet est unique parce qu’il ne cesse d’évoluer, de se redéfinir. Godard a d’abord connu une décennie enchantée : les années 1960. J’ai bien sûr vu ou revu tous les films de cette période. Ces films respirent la liberté, et restent d’une audace et d’une modernité absolument réjouis- santes. J’ai d’ailleurs, en les revoyant, été frappé par une chose : alors qu’il refuse le réalisme qu’on peut trouver chez Truffaut, Chabrol ou les autres, ses films laissent aujourd’hui une impression de réalité indépassable. Quant aux années 1970, bien que j’en comprenne la démarche intellectuelle, je dois avouer que je trouve les films compliqués à regarder. Je les vois davantage comme des cailloux disposés le long d’une route, comme les étapes successives d’une longue réflexion, et qui dure toujours aujourd’hui.

  • Louis Garrel et vous ne portez pas tout à fait le même regard sur Godard. Comment le film se situe-t-il à la rencontre de vos deux points de vue ?

D’une certaine manière on s’est un peu réparti les tâches : Louis pensait à séduire les spectateurs qui adorent Godard, et moi ceux qui ne l’aiment pas ou qui – ils sont beaucoup plus nombreux – n’en pensent rien de particulier. Louis était le garant d’un grand respect pour le vrai Jean-Luc Godard, là où j’avais tendance à le tordre un peu plus pour améliorer mon Jean-Luc de fiction. Pour caricaturer, je dirais qu’il le tirait du côté de la révérence, et moi du côté de l’irrévérence. Mais autant je me suis accaparé Godard, autant Louis a fait de même. Et mon Godard est devenu le sien. Au final, le personnage est un croisement entre le vrai Godard, la vision qu’en a eue Anne Wiazemsky, la mienne, et l’incarnation de Louis. Avant de choisir Louis je savais qu’il était un bon imitateur de Godard, mais ce n’est pas la raison pour la- quelle je l’ai choisi. Je lui ai d’ailleurs dit que ce n’était pas du tout ce que je recherchais. De son côté, lui était prêt à tout à fait laisser tomber cette imitation et tenter un Godard très proche de lui. Sans phrasé particulier, ni volonté de lui ressembler physiquement. Mais le rôle était écrit dans le vocabulaire de Godard, et pendant nos lectures, dès que Louis l’imitait, tout devenait immédiatement hilarant. J’étais fan. On a ré- sisté un moment, mais rapidement l’évidence s’est imposée. Après, l’idée était d’en faire le minimum de manière à permettre au spectateur de croire au personnage, mais sans essayer de reproduire une photo parfaite dans chaque séquence.

Au contraire, il fallait laisser à l’acteur le maximum de liberté d’interprétation dans chaque situation, ne surtout pas l’enfermer. Qu’il puisse aller de l’intime à la personnalité publique, du comique au tragique, de l’amour à la politique, etc… C’est comme ça que nous avons essayé de laisser entrer de l’humain dans l’interprétation, pour approcher ce fameux Jean-Luc. Ne pas être obnubilé par Godard. Pour en arriver là, il nous a fallu des heures de discussion, je veux dire : des heures et des heures et des heures ! Je crois n’avoir jamais autant discuté avec un autre acteur qu’avec Louis. Comment avez-vous choisi Stacy Martin pour interpréter Anne Wiazemsky ? Bérénice Béjo a joué avec elle dans The Childhood of a leader, de Brady Corbet. Elle tournait en Bulgarie, je l’y ai rejointe pour quelques jours, et c’est là que j’ai fait la connaissance de Stacy. Quand j’ai commencé à chercher une jeune actrice, Bérénice m’a soufflé son nom, je l’ai appelée, elle est venue faire des essais et c’était plié. Son choix s’est imposé comme une évidence. Stacy ressemble à une jeune femme des années 1960. Elle est née à Paris, mais elle vit à Londres et a passé une partie de son enfance à l’étranger, elle a une pointe d’accent, et son phrasé possède quelque chose d’intemporel qui me plaît beaucoup.

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