Expo du photographe Abou Simakan: « C’est La Street »

À l’occasion de l’exposition photo « C’est La Street » au Café Curieux à Paris, nous sommes allés à la rencontre d’Abou, un jeune photographe parisien de 26 ans.

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Abou Simakan -Photographe – Café Curieux

Autodidacte dans tout ce qu’il entreprend, la photographie l’a toujours passionné. Un de ses premiers contacts avec la photo fut à l’âge de 17 ans lorsqu’il a gagné un appareil photo.
Plus tard, c’est sa rencontre avec Candy Cotton qui a été déterminante dans l’apprentissage de la photographie, en effet, il lui a appris les bases fondamentales.

Sur l’exposition en elle-même, Abou a réalisé ce qu’on appelle un photoreportage avec un appareil argentique ( Olympus Stylus ), notamment au camp de migrants/réfugiés à Calais ainsi qu’à Paris avec de nombreux SDF. Ayant une grande sensibilité et une empathie naturelle…il explique que ça lui semblait totalement impossible de rester indifférent face à ce genre de situation « on ne peut pas être insensible à cette misère que l’on croise sur nos chemins… ».

C’est pourquoi avec Candy Cotton ils sont partis dix jours essayer de comprendre, observer la réalité par eux-mêmes. « Ce qui est flagrant c’est que dès qu’on arrive, on ressent une atmosphère assez déstabilisante, les médias nous décrivent des choses qui dans la réalité sont fausses, ils déforment l’information ; En aucun cas les réfugiés sont des personnes agressives ou posant problème, bien au contraire, ils restent dans leur coin, le contact humain est même quasi impossible, ils se renferment sur eux-mêmes ».

Ce qui saute également aux yeux c’est le terrible manque de conditions notamment sanitaires, des conditions inhumaines, un manque d’infrastructures, comme Abou me l’a décrit « même dans d’immenses centre commerciaux, par exemple, on constate qu’il n’y a qu’un seul banc pour tellement de monde » (rappelons-nous plus de 10 000 migrants) . Des détails peut être dérisoires mais qui font la différence.

Revenons à la seconde partie de l’exposition, les SDF à Paris ont un comportement complètement différent ; « ils sont toujours prêts à ce qu’une main se tende, réceptifs à toute aide » et une volonté de partage de leur histoire au point même qu’Abou est resté en contact avec certains.

On retiendra le visage paisible de cette jeune femme d’un regard dubitatif tandis que ses enfants dorment à même le sol. Ou encore cette poussette au pied de l’arbre comme une métaphore de la vie ; ce bébé qui débute dans ce monde comme les racines de l’arbre, cette phase sera déterminante dans l’être qu’il deviendra adulte. Des difficultés marquant à vie tel cet homme, assis par terre, dont les traits du visage témoignent d’une grande souffrance. ⇓

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Ces épreuves difficiles laissent apparaître dans le regard une déception envers la vie, laissant les individus dans un stade d’indifférence, n’attendant donc plus rien. Tout comme cet homme qui dort en position fœtale rue de Rivoli au pied d’une porte d’entrée tel un animal.

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Et il y a de ceux qui tiennent bon, gardant une certaine lueur de joie allant même à revendiquer un message de paix. De quoi nous laisser méditer car cela devrait être un exemple pour ceux et celles qui se plaignent de banalités régulièrement comparé à ces gens confrontés à une dure réalité tous les jours. On notera aussi cet homme jouant de la guitare dont la musique semble être salvatrice, comme un exutoire qui le rattache à la vie.

Récemment Bloomberg a publié les 500 personnalités plus riches au monde, où l’on constate que la richesse accumulée par les plus riches a augmenté de 227 milles millions depuis l’an passé. Le fossé entre les classes sociales ne fait que s’accroître, les riches sont encore plus riches et les pauvres sont de plus en plus pauvres. Il n’y a nul doute que la richesse est mal répartie lorsque l’on voit les photos d’Abou, ce contraste flagrant de Paris avec ses boutiques de luxe face à ces personnes démunis qui ne demandent que des conditions minimales pour vivre.

De toute évidence cette exposition est une réussite, comme quoi la simplicité est souvent la clef d’un travail réussi et de qualité. Car ses photos, ont une esthétique simple, épuré et qui va à l’essentiel. Un regard honnête, direct, sans masque ni artifices qui nous sensibilisent à regarder davantage autour de nous et à nous sentir concerné.

Comme le disait le célèbre photographe Ansel Adams : « Il ne s’agit pas de transmettre une vision, mais de toucher les gens à travers une image » et c’est exactement ce qu’Abou a accompli.
L’argent récolté avec l’achat de ses photos servira notamment comme fonds pour venir en aide à ces personnes.

Remerciements à tous ceux qui se sont laissé photographier par Abou ainsi que ceux qu’il a croisé et lui ont refusé. Il remercie également ceux qui le soutiennent, notamment Antoine (du Café Curieux), Sacha Gorse (photographe), Papy Paz, Candy Cotton, Le Saloon.

(Petite curiosité : Passionné de cinéma, on pourra retrouver Abou prochainement dans le long métrage de Fabrice Éboué : « Co-exister » ainsi que dans le 1er long-métrage de Syrine Boulanouar.)

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