L’Avenir

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L’Avenir dresse le portrait d’une femme de 55 ans, Nathalie, mère de famille et professeur de philosophie, confrontée à la solitude et à l’abandon. Mia Hansen-Løve poursuit l’exploration de ses thèmes de prédilection, le temps, l’absence et la réaffirmation de soi, et aborde aussi la question de la transmission intergénérationnelle, avec des personnages d’âges différents, de l’adolescence à la vieillesse en passant par la maturité, à la différence de ses films précédents qui était synchrones avec des expériences de jeunesse, autobiographiques ou non.

Ce film propose une étude de caractère avec une femme courageuse et volontaire confrontée à des drames et qui surmonte plusieurs épreuves. C’est une force qui avance, et Isabelle Huppert, dans une de ses meilleures interprétations récentes apporte une énergie lumineuse, un humour stoïcien exceptionnels au personnage de Nathalie.
Contrairement aux idées reçues le cinéma français (et le cinéma en général) peine à représenter des intellectuels. Dans notre souvenir il faut remonter à 1990 pour voir un professeur de philosophie dans un film, et l’entendre parler de son métier. C’était » Conte de printemps » de Eric Rohmer. Nous sommes donc loin de cette suprématie fantasmée du monde germanopratin sur le cinéma français, envahi au contraire par les personnages de flics, de voyous, de publicitaires, de patrons de PME et autres professions libérales – dans des comédies romantiques où il faut bien sûr gagner beaucoup d’argent pour se permettre des aventures sentimentales.

Comme dans ses films précédents Mia Hansen-Løve part de ce (et de ceux) qu’elle connaît pour finalement aboutir à un propos plus large, un cinéma impressionniste sur l’être au monde et les émotions.

« L’Avenir » vient démontrer si cela était nécessaire que la philosophie n’est pas un divorce avec la vie. Philosopher c’est peut-être apprendre à mourir, mais comme le précise Montaigne « la préméditation de la mort est préméditation de la liberté celui qui a appris à mourir a désappris à servir. »

Cela montre l’expérience de la liberté d’une femme délestée d’une partie de son entourage, une quête intérieure où la recherche de soi est indissociable du rapport à autrui.

A un tournant de sa vie, elle va renouer des liens plus solides avec un ancien élève dont elle est le mentor et qui s’est orienté vers l’activisme. Au travers de cette relation Mia Hansen-Løve réfléchit avec intelligence sur notre époque et notre société, avec des questionnements sur la politique, la transmission, l’éducation qui sont au cœur de nos préoccupations actuelles et donnent son sens au titre de son film, « L’Avenir ».

Plus que jamais dans un film de Mia Hansen-Løve la lumière, les mouvements caressants, le passage des saisons et la direction artistique confèrent à « L’Avenir » un raffinement discret, une précision musicale qui n’appartiennent qu’au cinéma de la réalisatrice. André Marcon, Edith Scob et Roman Kolinka, mais aussi tous les jeunes interprètes sont excellents, autour d’une Isabelle Huppert rayonnante.

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